La tentation de la climatisation

Les températures plus élevées en été ces dernières années se traduisent par de nouveaux besoins énergétiques : la climatisation. Pas une bonne nouvelle pour les émissions de CO2 !

Les émissions de gaz à effet de serre et le changement climatique induit ont déjà des effets visibles dans nos milieux tempérés : des étés plus chaud, voire caniculaire (avec la température qui ne redescend pas en dessous de 20°C la nuit). Par exemple, selon MétéoFrance, la tendance actuelle du réchauffement climatique ajoute chaque été 4 jours supplémentaires par décennie où la température dépasse les 25°C à Paris (1). Ces températures extérieures élevées font alors grimper le mercure dans nos habitations ainsi que nos lieux de travail ou de loisir.

Écart de la température moyenne de l’année de l’air en surface par rapport à la normale de référence (moyenne des températures sur la période 1961-1990) (1)
2% des émissions de gaz à effet de serre, 10% de la consommation électrique mondiale…

Cette nouvelle donne climatique a généré une demande de climatisation croissante en France et dans les pays usuellement tempérées, tandis qu’elle accroit encore davantage la demande dans les pays aux étés « chauds ». Cette forte demande s’observe particulièrement dans les pays les plus développés où l’on voit une corrélation entre pouvoir d’achat et taux d’équipement des populations. Mais la demande exploser aussi dans les pays émergents ou en forte croissance en terme de pouvoir d’achat par tête, par exemple en Chine. Aujourd’hui la demande d’électricité pour la climatisation représente 10% de la demande d’électricité mondiale et émet environ 2% des émissions de gaz à effet de serre (2).

Évolution de la consommation électrique pour la climatisation selon les pays : en UE, la demande a été multipliée par 3x environ depuis 1990 (2)
… consommation électrique qui devrait être multipliée par 3 d’ici 2050

L’AIE (Agence Internationale de l’Energie) table sur une augmentation de la consommation d’électricité qui bondit de +200% de 2000 TWh à 6000 TWh d’ici 2050. La baisse des coûts des climatiseurs et l’augmentation du pouvoir d’achat dans le monde va en effet créer une demande de confort et de climatisation qui n’aidera pas la transition écologique et énergétique. Si cette demande de climatisation peut être nécessaire et compréhensible dans certains établissements, commerces ou lieux de travail très fréquentés, la climatisation devrait être réduite à son minimum pour nos habitations, au moins pour les latitudes tempérées où la température descend la nuit.

De 20 kgCO2 à 100 kgCO2 d’émissions de CO2 avec un climatiseur pour 15m2

En attendant que les climatiseurs améliorent leur rendement énergétique et que la production d’électricité soit entièrement décarbonée, il faut essayer de s’en passer. Car en France, si l’électricité est plutôt décarbonée avec un mix qui émet en moyenne 40 gCO2/kWh, l’utilisation moyenne pendant 5h par jour pendant un été d’un climatiseur pour une pièce de 15 m2 émet environ 20 kgCO2 sur l’été. Cependant, dans un cadre privé, il est très probable que ce climatiseur soit utilisé principalement aux horaires où l’électricité est la plus demandée c’est-à-dire entre 17h et 21h. En prenant en compte des moyens de productions plus carboné pour assurer ce pic de demande, avec notamment du gaz (~300-400 gCO2/kWh), on atteint alors des émissions de 100 kg CO2 sur l’été pour une seule pièce de 15m2 climatisée. Cet été, le coût élevé du gaz en Europe rend le charbon économique comme moyen de production mais peu écologique (700-800 gCO2/kWh) pour répondre aux pics de consommation lors des heures de pointe.

Les émissions de CO2 d’un climatiseur sont 10x plus importantes qu’un ventilateur; et sont d’autant plus importantes si celui-ci fonctionne en horaires de consommation de pointe : la demande additionnelle est alors potentiellement portée par de la génération électrique fossile avec le mix actuel

Au pays de l’électricité nucléaire, on pourrait critiquer ce calcul, cependant avec les étés de plus en plus chaud qui nous attendent, certaines centrales nucléaires peuvent être mises à l’arrêt en cas de fortes températures (3). En effet, il est prévu qu’elles s’arrêtent lorsque les fleuves qui alimentent les circuits de refroidissement des centrales dépassent une certaine chaleur afin de préserver la faune et la flore. On pourrait donc s’attendre à ce que des moyens de production d’électricité fossiles prennent le relais pour alimenter nos climatiseurs aux pics de consommation d’électricité.

Comment s’en passer ?

En effet, plutôt que d’utiliser la climatisation, on peut déjà utiliser un ventilateur, qui consomme 10 fois moins qu’un climatiseur (2). Aussi d’autres petits gestes au quotidien permettent de faire redescendre la température d’un logement, au moins dans nos latitudes tempérées où la température la nuit descend autour des 20-25°C maximum. Surtout, il faut absolument éviter d’ouvrir les fenêtres lorsque la température dépasse les 25°C dehors ou du moins dépasse celle du logement car ce serait faire entrer la chaleur définitivement. Cependant, en gardant les fenêtres fermées, la sensation de température intérieure peut sembler étouffante à cause de l’absence de circulation d’air. Dans ce cas, un ventilateur peut être utilisé pour créer cette circulation d’air sans réchauffer l’intérieur du logement, on peut également placer des glaçons devant ce ventilateur pour créer un effet de froid supplémentaire. Comme expliqué précédemment, ce ventilateur consommera 90% moins d’électricité qu’un climatiseur. Aussi à la nuit tombée, il faut profiter du frais relatif pour faire descendre la température de son logement en ouvrant et aérant au maximum. Durant la journée, fermer les volets, rideaux et réduire autant que possible les entrées de lumières et de chaleur. Aussi penser à réduire l’utilisation de l’électroménager au minimum (en utilisant le four ou les plaques de cuissons par exemple). Enfin l’évaporation de l’eau absorbant de la chaleur, on peut aussi placer des draps mouillés devant les fenêtres (4) (5).

Dans le cas où un climatiseur s’avère complètement indispensable, orientez vous alors ceux avec la classe d’énergie la plus élevée A+++, on observe alors une consommation de 20-30% en moins par rapport à une classe d’énergie A. De plus, sachez que les fluides frigorigènes utilisés pour le cycle thermique permettant le refroidissement de la pièce ont été ou sont encore des gaz à effet de serre à très fort pouvoir de réchauffement (6) : de 20 à 2000 fois plus puissant que le CO2. Le fluide dit R290 (propane) est celui avec le moins de pouvoir réchauffant actuellement sur le marché; assurez-vous d’opter pour celui-ci dans le cas où votre climatiseur ne serait pas recyclable ou simplement à cause de fuites lors de la confection de ces climatiseurs dans des lieux de production peu regardant sur les normes environnementales. En fin de vie, prenez bien soin de le rapporter en déchetterie ou un lieu de collecte adéquat.

Sources
(1) http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/le-rechauffement-observe-a-l-echelle-du-globe-et-en-france
(2) https://www.iea.org/reports/the-future-of-cooling – Par ordre de réference : pages 24,25,23
(3) https://www.sfen.org/rgn/adapter-centrales-nucleaires-changement-climatique
(4) https://www.maison-travaux.fr/maison-travaux/conseils-pratiques/astuces-pour-rafraichir-sa-maison-sans-climatisation-cet-ete-192861.html#item=1
(5) https://immobilier.lefigaro.fr/annonces/edito/louer/j-emmenage/fortes-chaleurs-5-astuces-pour-rafraichir-logement
(6) https://www.tereva-direct.fr/document/A-544740-tereva-experts-climatisation-r32-r290-r410a-quel-fluide-frigorigene-choisir-

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s